Innovation, parties prenantes et nouveau compromis socio-économique

L’innovation joue un rôle prédominant dans la croissance économique et donc dans la création de richesse matérielle. Il y a cependant un décalage entre le moment où une innovation apparaît et le moment où elle génère de la richesse. Dans un premier temps, cette richesse est inexistante, éventuellement faible. Puis elle augmente de manière parfois exponentielle au fur et à mesure que l’innovation prouve son utilité au regard de la demande des clients finaux. Donc pas ou peu de richesse créée au début du processus puis, si tout se passe bien, beaucoup de richesse créée en deuxième partie du processus.

L’économiste Marianna Mazzucato — dont le livre « The entrepreneurial state » paru en 2013 n’est malheureusement pas encore traduit en français ! — souligne comme tant d’autres économistes l’écart croissant entre les fameux « 1% » les plus riches et le reste de la population. Mazzucato montre que ce fossé est aussi le résultat de la manière dont la richesse est partagée entre les différentes parties qui prennent part au processus d’innovation.

Cela s’inscrit évidemment dans le fameux processus de « destruction créatrice » mis en lumière par l’économiste Josef Schumpeter (« Capitalisme, socialisme and democracy », 1942). Ce processus est la conséquence de l’innovation qui détruit des sources de revenus — entreprises, emplois, etc. — existantes et en crée de nouvelles avec quelques décalages dans le temps, mais aussi dans les compétences nécessaires pour profiter de ces nouvelles créations.

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Mazzucato, p.116

Mais la destruction créatrice n’est pas la seule cause du fossé entre les « 1% » et les autres. Mazzucato rappelle qu’il n’y a pas d’innovation sans investissement y compris investissement public. Ce dernier est peu et mal perçu, car la mythologie contemporaine met l’accent quasi exclusivement sur le rôle du « capital-risque ». Or ce dernier intervient souvent bien après l’investissement public. Internet, GPS, batterie lithium ou écran tactile donnent naissance à l’iPhone. Or toutes ces technologies sont issues de financement public direct ou indirect, et ce bien avant que le premier des capital-investisseurs ne s’y soit penché. Voilà pour le premier des facteurs de production, le capital, qui s’avère être à la fois privé et public. De même, toutes ces innovations résultent du temps et de l’effort lié au travail humain, au travail de tous ces ingénieurs, designers, testeurs, ouvriers, etc. qui interviennent dès le tout début de la vie des produits et services nouveaux. Voilà le deuxième facteur de production, le travail, dont la part dans le processus d’innovation ne peut être minorée pour peu que l’on soit rationnel et honnête à la fois.

Ainsi lorsqu’il y a innovation, il y a plus d’une partie prenante qui mérite d’être prise en compte dans la répartition des richesses potentielles. Evidemment que la prise de risque doit être rémunérées, et dans ce cas, le capital public qui est à l’origine de la grande majorité des innovations doit être rémunéré comme il se doit. De même pour le capital privé, ça va de soi et c’est déjà largement — quasi-exclusivementen réalité — le cas. Le travail enfin, ce facteur de production sans lequel tous les capitaux privés et publics ne serviraient à rien puisque l’innovation est directement issue de l’effort fourni par les travailleurs  qui imaginent et créent des solutions nouvelles chacun selon ses compétences propres et les besoins du processus de conception et de matérialisation de l’innovation.

C’est dans cette mécanique-là que doit s’inscrire l’effort commun de la gauche de ce début de XXIe siècle pour la mise en place d’un nouveau compromis socio-économique. C’est un compromis qui est semblable dans une certaine mesure à ce que le « fordisme » puis la social-démocratie ont mis en place au début et au milieu du XXe siècle. Ce ne sera pas facile, car nulle innovation, fût-elle socio-économique, n’est jamais facile. A nous donc, socialistes, d’être à la hauteur de l’enjeu en créant les conditions d’un compromis socio-économique qui tire mieux profit de l’innovation pour réduire les inégalités eu lieu d’en renforcer les ressorts. A nous de faire travailler ensemble les différentes parties prenantes pour imaginer un compromis socio-économique qui renforce l’indispensable innovation en la rendant soutenable et inclusive !

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Post scriptum : ce sujet, je l’ai déjà évoqué ici, sous d’autres angles incluant plus ou moins explicitement la question du nouveau compromis socio-économique à trouver, dans trois récents billets : Biens, services et … solutionsRobotisation à venir et nouveau « compromis fordiste » à trouver, Robotisation : que pouvaient-ils bien se dire au début du XXè siècle ?  et La vraie loi « Travail » verra-t-elle le jour un jour ?. De même, la question du compromis socio-économique nouveau à trouver a été évoquée dans un thread sur Twitter par Nicolas Colin ici.

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