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L’une des difficultés qu’on hérite de François Hollande est le fait qu’il ait été d’une telle gentillesse avec le Medef (1) que quiconque, à gauche, voudra encore parler de l’entreprise en termes réalistes sera tout de suite soupçonné d’inféodation à Gattaz et à ses pairs.

Or le travail (ses conditions, ses caractéristiques, ses effets) est au cœur des préoccupations des classes populaires et des classes moyennes, c’est-à-dire au cœur de ceux dont la gauche (2) est supposée s’occuper en priorité. Et le travail cela se passe dans pas mal d’endroits (dont le monde associatif ou la sphère publique) mais cela se passe principalement dans l’entreprise pour une grande majorité de la population active. À partir de là, condamner politiquement l’entreprise en la considérant comme illégitime, ou uniquement source de conséquences néfastes, est une impasse politique. Condamner politiquement l’entreprise revient à laisser le champ libre aux seuls actionnaires à qui les managers (preneurs de décisions) seraient alors totalement inféodés. Les actionnaires ne demandent pas mieux que d’avoir une telle liberté d’action. Ils remercieront quiconque mettra la société dans une telle impasse.

Alors que faire ? Une gauche renouvelée doit avoir le travail au cœur de ses préoccupations. Elle doit donc discuter avec l’entreprise puisque c’est là où le gros du travail a lieu. Une telle discussion s’inscrit dans un rapport de forces parce que personne ne se croit dans un monde de « bisounours » (à part l’inventeur du CICE sans contreparties). Ce rapport de forces ne peut s’installer de manière constructive que si l’état, représentant l’intérêt général, est capable de se donner des objectifs ambitieux à négocier avec les actionnaires (puisqu’actuellement ils sont les seuls détenteurs du pouvoir dans l’entreprise).

  1. Je pense qu’une gauche renouvelée devrait avoir trois objectifs (3) :
    modifier fondamentalement la composition des conseils d’administration en y introduisant en masse les représentants de toutes les parties prenantes, notamment les salariés et les fournisseurs (4)
  2. cesser de se focaliser sur la redistribution et commencer un travail sérieux sur la distribution, c’est-à-dire sur la négociation salariale : les tâches sont de plus en plus évoluées meme lorsqu’il s’agit d’automatisation partielle, les salariés sont de plus en plus diplômés même lorsqu’il s’agit de jobs de base (5), il n’est donc pas normal que le valeur du travail ne soit pas revue à la hausse
  3. modifier de fond en comble le système de la formation professionnelle (y compris initiale) de manière à ce qu’elle corresponde aux besoins du monde du travail d’aujourd’hui et pour cela il est nécessaire de rapprocher les organisations de formation professionnelle avec les universités en tant que centre d’excellence éducative.

On ne regrettera donc jamais assez l’échec patent du précédent quinquennat en ce domaine crucial. On voit bien que l’actuel quinquennat a une vision faussée de l’entreprise puisqu’il commence par la question de la flexibilité du marché du travail sans se préoccuper du reste et sans imaginer un seul moment réclamer des avantages pour l’intérêt général en contre partie de ce qu’il pense offrir aux actionnaires. Il est donc grand temps que la gauche se renouvelle sur ce sujet sans lequel rien ne pourra être fait pour ceux qui ont le plus besoin de la gauche au pouvoir : les classes populaires et les classes moyennes.

(1) à part le compte pénibilité, et encore
(2) concept qui mérite une claire definition après les mois qu’on vient de passer
(3) on me dira que ce n’est pas ambitieux mais il faut bien commencer par quelque chose lorsqu’on entame 5 ans dans l’opposition, donc les com members d’idées sont les bienvenus
(4) l’exemple allemand est ici archétypique de ce qu’on aurait dû faire dès le mois de juin 2012, même des auteurs britanniques appellent à s’inspirer du modèle allemand sur cet aspect (Goodhart, The road to somewhere, chapitre sur la Knowledge economy)
(5) l’exemplaire de l’opérateur de caisse est typique, lire ce qu’en dit Askenazy dans Tous rentiers !

 

Version audio : ici

soundcloud.com/…/le-travail-au-cur-de-la-refondation-de-la-gauche

Crédit photo : © studio reko

Texte paru sous la forme d’un statut Facebook le 22 août 2017

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