L’âge de l’ « homme fort » : le cas Trump et l’Iran

Donald Trump a donc donné le feu vert à l’assassinat ciblé de Kassem Suleimani, principal chef militaire — et dans une certaine mesure politique — iranien pour les opérations extérieures. Opération réussie pour les Américains. Échec majeur pour les Iraniens.
Quelques remarques en passant :

👉 L’Iran et ses alliés (Syrie, Hezbollah) ont reçu depuis quelques années plusieurs coups sans tellement réagir en particulier en Syrie par le biais de l’armée israélienne.

👉 Ils n’ont jamais voulu — ou plus probablement jamais pu — rendre le coup à la hauteur de celui reçu, par exemple Imad Moughniyé a été assassiné en 2008 sans réponse à la mesure de celui que l’Iran et ses alliés présentaient comme le chef militaire historique du Hezbollah.

👉 Cette incapacité à fournir un niveau équivalent de réponse contribue à n’en pas douter à la déstabilisation du régime des Ayatollahs, de ce point de vue ne pas répondre à l’assassinat de Suleimani paraît donc impossible.

👉 Côté américain, il ne s’agit probablement pas d’une décision prise à la va vite par le président Trump mais d’une doctrine de représailles sur-proportionnée à chaque attaque reçue. L’escalade en cours a commencé par une attaque politique (parlementaires chiites réclamant le départ des forces américaines en Irak) et une attaque militaire (contre la base américaine de Kirkouk au nord de l’Irak, un sous-traitant militaire américain mort) auxquelles Washington a répondu par un raid aérien contre une milice pro-iranienne à Anbar dans l’ouest de l’Irak, 25 miliciens morts dont des chefs de la milice). Les politiques irakiens ont condamné le raid et une manifestation violente suivie d’un sit-in sont organisés par les pro-iraniens devant l’ambassade américaine à Bagdad. L’assassinat de Suleimani s’inscrit dans cet enchaînement. Tout cela en à peine 10 jours !

👉 Côté monde occidental, même si c’est étonnant de la part d’un homme qui disait vouloir sortir militairement des bourbiers orientaux, l’aura de Trump sortira renforcée de cette opération qui lui permet de consolider son positionnement politique d’ « homme fort » (or nous vivons dans l’ère des « strong men » qui s’installe au pouvoir un peu partout dans le monde).

Pour mieux connaître Suleimani 👉 son portrait par mon ami Laurent Macaire ici.

Sur la thématique des « strong men », un papier de The New Statesman (mai 2018).

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