Echec et succès des nations

C’est quand je vois notre vie intellectuelle centrée sur nous mêmes (suivez mon regard) que je m’inquiète le plus (un peu plus, par exemple, que face aux crises migratoire passées ou à venir). Nombre d’ouvrages majeurs sont à peine traduits en français et quand ils le sont, ils ne reçoivent souvent que peu d’écho auprès de nos commentateurs majoritairement concentrés sur nos nombrils hexagonaux. Des fois le « pas de côté » (suivez mon regard encore une fois) n’est pas inutile pour mieux comprendre ce qui se passe autour de nous !

En 2012 est paru « Why nations fail. The Origins of Power, Prosperity, and Poverty » (traduit en français par « Pourquoi les nations échouent : les origines du pouvoir, de la prospérité et de la pauvreté »). Tout un programme ! Les deux auteurs (Daron Acemoglu du MIT et James A. Robinson de Harvard) y expliquent, avec de nombreuses illustrations tirées de l’historie et de la géographie passées ou contemporaines, les raisons qui font que certains pays échouent et d’autres réussissent leur développement. Ils vont au-delà de la classique — et certainement réelle — explication liée aux ressources naturelles que certains exploitent à la place d’autres ou encore celles — moins réelles — liées à la culture ou à la seule géographie. Les deux auteurs mettent notamment en lumière le rôle des institutions politiques et économiques. Elles peuvent être « extractives » (une minorité confisque le pouvoir politique et favorise son intérêt économique propre) ou « inclusives » (favorisant l’intérêt de la majorité au lieu d’extraire la valeur en faveur de la seule minorité). Un exemple m’avait marqué : celui de l’accès au capital, réservé dans certains pays (je ne vous invite pas à nouveau à suivre mon regard, ce serait trop) à certaines élites majoritairement héréditaires, il peut ne générer aucune valeur car mal-investi, là où dans d’autres, il est ouvert à ceux qui n’ont rien si ce n’est l’idée innovante ou risquée qui peut générer de la valeur (on pense au métier à tisser, à la machine à vapeur, au moteur électrique ou encore au logiciel).

Naturellement ce livre donne une idée sur les raisons qui font que certaines états ne se développent pas à la même vitesse que d’autres. Ca éclaire aussi les raisons qui font que la mondialisation n’est pas seulement une question de libre-échange de marchandises ou de libre circulation des capitaux mais qu’elle est aussi mouvements migratoires. Mouvements plus ou moins volontaires au point de départ, plus ou moins bien acceptés au point d’arrivée, mais en tous cas directement liés dans bien des cas à la question du développement économique à un instant t et aux perspectives que chacun peut envisager pour son avenir et celui des siens.

Ce serait intéressant dans 10 ou 15 ans de mettre à jour ce livre en se penchant sur le cas des démocraties illébérales pour savoir ce qu’elles ont fait en termes de développement étant données leur tendance à imposer des institutions non-inclusives parfois même carrément extractives. Je pense à des états, tels la Russie, par exemple. Je pense aussi qu’il sera nécessaire de confronter à nouveau la thèse des auteurs dans quelques années à des cas éloignés des normes occidentales, tels la Chine, où les institutions politiques non-inclusives ont pu installer des institutions économiques relativement inclusives.

Si vous n’avez pas le temps de partir à la plage avec le livre tout entier (et ça se comprend 🦀☀️😎), emmenez au moins avec vous cette recension du Temps qui résume bien le contenu de l’ouvrage. Il éclairera quelques uns des soubassements de la crise politique qui touche l’Europe notamment en lien avec la crise migratoire (passée ou à venir).

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