Crise de la social-démocratie : l’Allemagne aussi (surtout) est touchée

Une information notable cette semaine : un sondage a donné le SPD allemand en troisième position derrière la droite (CDU) et la droite radicale (AfD). Sondage paru le jour même de l’envoi aux 400 000 adhérents du SPD des modalités de vote interne : pour ou contre la « grande coalition » droite / gauche (CDU/SPD).

Le SPD, ses leaders et sa base militante, est donc pris dans un dilemme cornélien : (a) rejeter la coalition, aller vers de nouvelles élections législatives et prendre le risque conséquent d’arriver troisième derrière l’AfD ; ou (b) accepter le « deal » négocié avec la CDU selon lequel le SPD détient des ministères (dont celui des finances) mais pour mener une politique économique relativement proche de celle des années précédentes.
Les politiques allemands sont confrontés à deux problématiques majeures. (1) D’abord la question socio-économique : les 45 Allemands les plus riches détiennent autant de richesses que 50% de la population allemande, on atteint ainsi des niveaux d’inégalités équivalents à ceux de 1913 selon Thomas Piketty, ceci alors même que le SPD participe à l’exécutif durant 16 des 20 dernières années. (2) Vient se rajouter à la problématique socio-économique, la question identitaire liée au vieillissement de la population, aux difficultés économiques dans certaines régions et à l’afflux récents d’immigrés dû à la crise migratoire elle-même liée aux conditions politiques, économiques ou encore climatiques dans les pays d’émigration du sud de la Méditerranée.

La solution d’un virage à gauche du SPD ne suffira pas. Si elle répond, sur le papier, à la question des inégalités, elle ne répondra pas à la question identitaire. Fermer les frontières ne semble ni envisageable ni même souhaitable. Les rendre toutes ouvertes ne l’est pas plus. En Allemagne comme ailleurs, il est nécessaire de prendre en compte la question des inégalités croissantes (on atteint des records, il est temps de s’en soucier !) et également la question identitaire (conditions d’accueil et conditions d’intégration me paraissent être un préalable absolu).

A défaut de traitement efficace des deux questions (celle des inégalités et celle des identités), c’est l’AfD qui sera aux portes du pouvoir peut-être même au pouvoir. Si ce n’est au niveau national, ce sera au niveau des régions. La Pologne et la Hongrie, pour n’en citer que deux, ont déjà ouvert le chemin. Et ne nous leurrons pas, les premières victimes seront les immigrés eux mêmes sans parler de la fracture politique au sein de l’Europe qu’une telle situation créerait.

La social-démocratie européenne est moribonde. Elle a fait effet de levier sur l’Etat-nation pour exister, réduire les inégalités et construire le compromis socio-économique qui a fait la prospérité du XXe siècle. Elle n’a pas pu jusqu’ici faire le même effet de levier sur le projet européen alors même que le levier précédent (l’Etat-nation) s’effilochait. Elle va devoir se ressaisir, parce que les conditions d’existence (matérielles et immatérielles) le nécessitent. Elle va devoir se construire une identité explicitement exprimée et une vision du monde qui en découle. Deux éléments cruciaux pour repartir à la conquête des esprits et des territoires.

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