Ces jours-ci s’achève sous nos yeux une séquence électorale comme jamais la France n’en a connue depuis au moins deux générations. Une séquence hors-norme sur au moins deux plans. D’abord par sa durée (certains sont en campagne depuis près d’un an). Mais aussi une séquence qui a été l’occasion de chambouler le paysage politique français de fond en comble comme cela n’avait probablement jamais eu lieu de mémoire de Français vivant. Même 1958 ne constitue pas un changement aussi radical et, surtout, aussi expéditif. Peut-être faut-il remonter à la fin de la IIIe République pour trouver un basculement aussi rapide, cette fois-ci survenu en temps de paix et de manière démocratique — malgré les affaires.

En réalité, et au-delà des circonstances particulières liées au mauvais quinquennat Hollande et aux affaires Fillon, le chamboulement n’est que le probable aboutissement, survenu d’un coup sec, d’au moins dix ans où la défiance entre élus et électeurs n’a cessé de s’installer. De manière tout à fait explicite, année après année, on voyait ce fossé se creuser à l’occasion de la parution, chaque mois de janvier, du fameux baromètre de la confiance du Cevipof.

Quand la confiance disparaît et que la défiance s’installe, il n’y a qu’une seule solution : une rupture totale avec l’existant. Ca aurait pu être plus ou moins rapide, plus ou moins pacifique, mais ça ne pouvait qu’advenir. Et c’est advenu, nous l’avons tous vécu dans la joie et la bonne humeur pour certains, dans la sidération pour d’autres. C’est presque comparable à une négociation où les deux parties seraient totalement bloquées, comme dans une impasse et où, pour avancer, l’une des deux parties renverse la table, changé les règles et gagne la négociation. Sauf que dans notre cas l’une des parties c’était le peuple et l’autre était la classe politique en place et que l’objet de la négociation était le retour de la confiance. Le peuple a donc renversé la table, changer les règles, casser l’opposition droite / gauche. Elle était devenue illisible par le rapprochement des politiques économiques de part et d’autres de la frontière qui définissait jusque là l’unique clivage politique. Le changement des règles du jeu politique que le peuple a opéré s’est fait au travers du bulletin « Macron » au premier tour de la présidentielle et s’est confirmé avec les bulletins macronistes lors du premier tour des législatives. Macron lui-même a couronné le changement par sa capacité à détruire toute opposition possible : qui en le tuant symboliquement, qui en le remplaçant dans le cœur des électeurs, qui en le divisant pour mieux le contrôler. Un travail de maître, du côté du peuple et du côté du président nouvellement élu. Les deux ont su tirer profit des circonstances pour avancer leurs pièces.

Mais au-delà de cette analogie et des comparaisons historiques, il est très difficile de lire avec finesse les messages que le peuple a voulu faire passer au travers de ce renversement complet du paysage existant. Chacun essaie d’y voir ce qu’il souhaite le plus au monde sans certitudes, presque aucune, d’avoir la bonne lecture ! Je dis presqu’aucune parce qu’il me semble qu’une seule chose est néanmoins certaine : les électeurs ont voulu modifier le paysage politique. Ils ont voulu et ils sont parvenus à changer à la fois son corps symbolique (ses idées) mais aussi son corps matériel (le personnel et les structures).

Mais alors à partir de là que fait-on avec tout ça ? Faut-il repartir dans les schémas habituels : un congrès avec des motions et des grands chefs qui sont chefs depuis au moins 10 ans, parfois plus ? Evidemment que ce serait possible et qu’ils sont nombreux à y penser très fort mais il faudra leur dire que ce serait alors sans militants derrière eux : même plus assez d’élus ou de collaborateurs d’élus pour remplir les salles et arrières salles des congrès socialistes ! Ou alors on pourrait partir dans une logique qui respecte le seul message lisible qui ressort de cette longue et renversante séquence politique. Quel corps symbolique, quelles idées ? Quel corps matériel, quels militants et quelles structures ? Et surtout pour répondre aux attentes de quel socle électoral ?

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France, Politique

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