Libération consacrait, dans son édition de samedi, un reportage sur la législative qui se déroule en juin à Villeurbanne entre une socialiste typique du hollandisme — Najat Vallaud-Belkacem — et un entrepreneur archétypique du macronisme — Bruno Bonnell.
Le multi-entrepreneur entonne l’hymne du moment « on a changé d’ère » et précise que, désormais, il faut « arrêter d’être idéologue ». Ce à quoi l’ex-ministre répond par un rappel sur l’importance du clivage gauche-droite qui est au coeur même de la démocratie. Et de préciser que des « questions comme le logement, l’école, la mixité, […] ne font pas consensus dans notre pays ». Najat Vallaud-Belkacem a, à mon avis, tout à fait raison, d’autant plus qu’elle rajoute très justement : « Le consensus ne permet pas de bousculer l’ordre établi mais de le reproduire ». Il est évident que construire la nouvelle ère qui s’ouvre avec Macron autour des gentils « ouverts » vainqueurs de la mondialisation et des méchants « fermés » qui perdent régulièrement la bataille du libre échange, structurer le débat ainsi est non seulement réducteur à souhait mais aussi, surtout, infantilisant pour les politiques, pour les observateurs et pour les citoyens.
Il y a cependant une difficulté qu’aura l’ex-ministre — et elle est de taille. Ne voir le clivage gauche-droite que dans les questions de — je cite — « logement, école, mixité » est réducteur et insuffisant pour gagner la bataille idéologique. Ne pas voir l’importance de l’économie dans le clivage gauche-droite est une faute. Ne pas voir le poids du travail et du monde de l’entreprise dans le clivage gauche-droite est une catastrophe. Ne pas voir le rôle de la construction européenne dans le clivage gauche-droite est sacrément bloquant. Ne pas voir l’influence de la mondialisation — en toutes ses dimensions — dans le clivage gauche-droite est le début de la fin dudit clivage. De même pour la sécurité, de même pour les fractures territoriales, de même pour la laïcité, ainsi qu’un certain nombre d’autres thèmes que la gauche ne peut pas laisser de côté en adoptant le point de vue, au mieux centriste, au pire droitier !
Je ne dis pas que Vallaud-Belkacem oublie ces fondamentaux. Elle a même mille fois raison de rappeler à l’entrepreneur l’importance de l’idéologie (les idées donc) en politique. Je profite de ce face à face socialiste / macroniste pour souligner juste que si ces sujets n’apparaissent pas vite dans le débat, les socialistes perdront encore une fois. Peut-être est-ce dû aux années Hollande — et ça ne date pas de 2012 — où la gauche n’avait plus ses propres marqueurs sur chacune de ces thématiques ? Peut-être même est-ce dû à l’absence d’idéologie socialiste cohérente et complète depuis le milieu des années 1980 ?
 C’est là tout le chantier qui nous attend si nous voulons un jour recréer une gauche suffisamment crédible pour gagner la bataille idéologique et, un jour, exercer à nouveau le pouvoir.
En attendant, j’espère que les Villeurbannais (dont je fus entre 1991 et 1995) accorderont leur confiance à Vallaud-Belkacem plutôt qu’à l’archétype macronien !

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