J’ai le sentiment qu’il se dégage trois blocs de cette élection :
– Le bloc central libéral.
– A sa gauche un bloc populiste [1] de gauche.
– A sa droite un bloc populiste de droite [2].
Entre le bloc central libéral et le bloc populiste de gauche, le Parti socialiste — représentant d’une social-démocratie à la française, est en lambeau du fait de ses divisions durant la campagne et surtout de son poids électoral au premier tour de la présidentielle, d’autant plus que les législatives s’annoncent très difficiles. A se demander s’il y a encore une place pour une social-démocratie façon années 80 ou 90 ? Cet espace sera d’autant plus réduit si Macron [3], avant ou après les législatives, réussissait à attirer à lui une partie du PS.
Entre le bloc central libéral et le bloc populiste de droite, il y a bien un courant libéral conservateur classique qui — ayant fait 19% lors de la présidentielle, peut espérer limiter la casse — voire plus, lors des législatives. Sauf à considérer que Macron réussira — là aussi, à casser l’unité de la droite — par exemple en attirant à lui le centre droit.
Il est donc possible qu’on soit entré,  dimanche dernier, de plain-pied dans une reconfiguration du paysage politique français qui n’exclut pas complètement le clivage gauche / droite mais qui y ajoute une dimension haut / bas que de nombreux politiques avaient anticipés sans réellement pouvoir la mettre en oeuvre jusqu’à ce que Le Pen le fasse à droite et que Mélenchon le fasse à gauche [4]. Chirac lui-même avait tenté l’aventure haut / bas avec sa fameuse « fracture sociale » pour se débarrasser de Balladur — avec succès. A gauche, il y a bien eu une tentative en ce sens en 2011-2012, mais qui a malheureusement fait long feu.
Une chose est désormais sûre à gauche : rejeter en bloc le populisme, ne pas prendre en compte la dimension populiste de la démocratie, en tant que « retour au peuple », ce serait une erreur de jugement qui aboutirait à un échec dans l’éventuelle reconstruction. Populisme est un terme qui a mauvaise presse parce qu’il sous-entend démagogie. Mais une de ses définitions souligne qu’il s’agit d’un « style politique » [5] répondant à un mécontentement du peuple vis à vis de la manière dont il est gouverné. C’est un style qui oppose le peuple — notion qui reste à définir dans toute sa complexité — il oppose le peuple à une oligarchie — une élite, qui le domine. C’est autre chose que la lutte des classes qui essentialise le peuple sous la forme du prolétariat. C’est aussi autre chose que la « luttes des races » qui essentialise les peuples sous une forme ethnique, ethno-différantialiste pour être précis (comme le fait Marine Le Pen par exemple).
Mais au final quel chemin pour la gauche  ? « Entre injonction populaire et tentation populiste, le chemin est étroit. C’est pourtant celui de la démocratie dès lors qu’elle est prise au sérieux, et non confisquée par ses élites de toutes sortes, au risque de leur condamnation sans discernement – celle dans laquelle réussissent si bien les populistes, justement. Ce chemin, c’est celui que la gauche française devra emprunter si elle veut non pas simplement gagner à nouveau l’élection présidentielle mais gouverner dans la durée ; ne pas se contenter de l’apparence et des attributs du pouvoir, mais l’exercer, réellement. Elle doit pour cela retrouver, suivre et éprouver, à nouveau, le « sens du peuple » selon le mot de Michelet. Sans cela, elle ne pourra ni prétendre au pouvoir ni être elle-même. » [6]
Reste donc à savoir ce que la gauche d’aujourd’hui deviendra demain ? Sera-t-elle totalement annexée par le bloc populiste de gauche ? Sera-t-elle capable de se créer un espace entre ce bloc et le bloc central libéral ? Sera-t-elle capable de se reconstruire sur les éventuels décombres du bloc populiste de gauche suite à l’hypothétique échec de ce dernier aux législatives ? Les élections législatives et leurs résultats apporteront un début de réponse. En tous cas je suis sûr d’une chose : pas plus qu’après l’échec jospinien de 2002, pas plus qu’au lendemain de la victoire hollandaise de 2012, l’avenir de la gauche après la déroute historique de 2017 ne peut s’inscrire dans une synthèse social-démocrate molle qui ne fait plus rêver personne. Sans le peuple la gauche n’est rien, tout au plus un supplétif du libéralisme. Sans le peuple, la gauche n’est rien !
[1] populiste n’est pas péjoratif dans ma bouche, pas automatiquement équivalent à démago
[2] droite n’est pas péjoratif dans ma bouche, pas équivalent à « moche » ou encore « méchant ».
[3] en cas de victoire au deuxième tour dans deux semaines
[4] sachant que Mélenchon n’a pas recours à la qualification de « gauche » suivant peut-être en cela la thèse de Inigo Errejon appelant à fondre de nouvelles catégories pour ne pas être obligé de reprendre et transformer des catégories existantes
[5] P.-A. Taguieff,  L’Illusion populiste. Essai sur les démagogies à l’âge démocratique, 2007
[6] L. Bouvet, Le Sens du peuple. La gauche, la démocratie, le populisme, 2012

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France, Politique

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