En économie de marché, nul ne peut se dédouaner de deux dimensions fondamentales : l’offre et la demande. C’est ce qui définit un marché, c’est ce qui définit la valeur des biens et services échangés sur un marché. C’est l’aboutissement de l’utilisation des technologies et des facteurs de production tels le capital et le travail.

Offre ou demande ?

Il se trouve que durant son quinquennat, François Holland a tout misé sur une politique de l’offre. On a même invoqué, inventé presque, un socialisme de l’offre. Cela fait référence à une théorie économique dite en anglais “supply-side theory”. La théorie de l’offre incite à la levée de ce qu’elle considère comme des freins fiscaux et réglementaires qui bloquent l’initiative privée. Cette théorie, de tendance libérale, s’oppose à une politique de la demande, de tendance keynésienne ou néo-keynésienne. La demande est la quantité de biens et services que des clients souhaitent acheter. La demande se décompose classiquement en investissement (des entreprises et des administrations) et en consommation (des particuliers).

Or l’investissement est, avec l’emploi, la première victime de la crise de 2008. En zone euro, en 2012, l’investissement est 12% en dessous de son niveau d’avant crise. En France, c’est 7% en dessous du niveau d’avant 2008. Or l’emploi est lié à l’investissement. Une entreprise qui n’investit pas n’augmente pas ses effectifs, voir même les réduit. Or, n’oublions pas que :

  • une entreprise n’investit pas si elle n’a pas des clients — entreprises ou administrations — qui lui achètent des biens et services qui sont donc les investissements de ces clients (ça c’est la part “investissement” de la Demande)
  • et une entreprise n’investit pas si elle n’a pas des particuliers qui lui achètent ce qu’ils veulent consommer (ça c’est la part “consommation” de la Demande)

On voit ainsi à quel point il est nécessaire que la demande reparte, et en particulier au niveau de sa partie investissement.

La parenthèse de 1981–1983 comme épée de Damocles !

Mais l’expérience des années 1981–1983 est encore dans toutes les memoires. Ce que la France a constaté alors c’est qu’une politique de relance par la demande dans un seul pays ne crée par de l’emploi dans le pays en question. En effet les échanges comemrciaux s’étant libéralisés, qu’on le veuille ou non, une relance ici générera des investissement et des emplois ici mais surtout ailleurs. Relancer la demande en France au travers de l’achat de machines-outils ou de téléphones revient souvent à relancer l’économie allemande ou chinoise si les machines ou téléphones en question sont fabriqués en Allemagne ou en Chine. C’est sur la base de cette expérience « grandeur nature » que l’économie de l’offre s’est petit à petit imposée dans les esprits. L’hégémonie idéologique du libéralisme est liée à ce moment fondateur de notre époque.

A partir de là, on pourrait se contenter de poursuivre le chemin libéral avec une politique de l’offre qui ne fait pas l’affaire ! On pourrait aussi faire ce que le national-populisme souhaite : fermer les frontières en rompant nos échanges commerciaux par un protectionnisme unilatérale et alors une relance française profiterait en théorie à la seule économie française et le plein emploi serait de retour. Sauf qu’il s’agit là d’une vue de l’esprit puisqu’on ne peut pas vivre en autosuffisance après 40 ans de mondialisation des échanges. Le retour en arrière est très souvent une enième chimère.

On pourrait en revanche jouer sur une dose de protectionnisme européen — donc aux frontières extérieures de l’Europe — dans la mesure où il s’agit d’un marché bien plus important que le seul marché français et donc d’économies qui peuvent se compléter pour le bien de toutes. Naturellement cela signifie qu’il faut réussir à convaincre les dirigeants des autres pays européens de suivre cette voie alors même qu’ils ont tous suivi la voie du libre-échange depuis tant d’années.

Une nouvelle alliance productive

En attendant d’atteindre un objectif aussi ambitieux, une piste reste à explorer. Arnaud Montebourg l’a présentée dans son discours de Discours de Frangy le 21 août 2016 et la développe depuis cette date dans ces nombreux déplacement à travers la France. C’est celle d’une « nouvelle alliance productive », celle du « Made in France ». Si l’investissement est relancé en France avec une attention particulière portée sur les Petites et Moyennes Entreprises françaises, nous pouvons éviter la relance française qui alimente majoritairement les économies étrangères. Ce qu’Arnaud Montebourg propose avec le « Made in France » va bien au-delà de la symbolique de la marinière ! Nous avons des moyens pour encourager le financement des entreprises. Si nous le faisons en priorité en direction des PME françaises —  celles qui constituent le tissu du « Made in France » —  alors nous améliorerons la demande et l’offre en s’appuyant sur des emplois sur le territoire national.

Quatre leviers doivent être activés.

Celui des commandes publiques d’abord. C’est une manne financière issue de nos impôts qui peut servir en priorité à nos PME en leur consacrant 60% des commandes — en valeur —  de l’état , des collectivités et des hôpitaux. Aujourd’hui on est à 20% de marchés publics attribués aux PME françaises. Concrètement cela revient à rationaliser les structures d’achats et à les regrouper au sein de l’UGAP qui est entièrement autofinancée et qui deviendrait alors le passage obligatoire pour les achats de l’état, des collectivités et des hôpitaux.

Deuxième levier, celui de l’épargne des Français, en orientant 10 à 20% de l’assurance-vie vers les PME situées sur le territoire français. Cela permettrait de générer 150 milliards d’investissements dans nos PME en 5 ans — argent qui est aujourd’hui investis majoritairement dans les obligations d’état, donc hors du circuit productif en tant que tel.

Troisième levier, l’encouragement du risque. En économie, il n’y a pas de gain sans risque. Une banque devrait encourager le risque dans le monde de l’entreprise. La banque d’encouragement au risque cautionnera 90% des crédits aux PME pour financer les projets de développement et de croissance. L’idée est de décupler la puissance de l’actuelle Bnauqe d’Investissement Publique, multiplier par 5 ou 10 les 60 000 dossiers actuels de BPI France. La sortie de la crise ne se fera pas avec des banques qui minimisent leurs prises de risque lorsqu’il s’agit d’économie productive et qui le maximisent lorsqu’il s’agit d’économie financière spéculative. L’objectif de la banque d’encouragement au risque n’est pas de dépenser de l’argent public, mais de couvrir un risque en garantissant le crédit octroyé par les banques privées. La garantie d’état a été accordée pour la banque de PSA, elle devra l’être pour les investissements productifs de nos PME et de nos artisans.

Enfin, quatrième levier : la Caisse des Dépôts et Consignations dépensera 100 milliards d’euros sur 5 ans consacrés à la rénovation thermique des bâtiments publics et privés au travers d’emprunt d’une durée de 50 ans. N’oublions pas, en effet, que l’énergie la plus propre est celle que nous ne consommons pas. De même les dépenses énergétiques des particuliers sont-elles un facteur important dans la pression sur le pouvoir d’achat : réduri ces dépenses améliore de fait le pouvoir d’achat. Et enfin les PME du secteur du bâtiment sont de grandes pourvoyeuses d’emplois comme chacun le sait surtout si l’on réduit la concurrence au travers du système européen des travailleurs détachés.

*   *   *

Cet axe stratégique, voulu par Arnaud Montebourg, s’appuie sur les PME car il existe en France 3,5 millions de chômeurs et 3,5 millions de PME. Certaines n’embaucheront pas, mais d’autres le feront. Si en moyenne chacune de ces PME embauchait un employé nouveau du fait de la relance par l’investissement nous serions déjà au plein-emploi, ce “Saint-Graal” auquel plus personne ne croit en France et qui pourtant est bien atteint dans d’autres économies auxquelles la nôtre n’a rien, strictement rien, à envier.

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Economie, France, Politique

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