L’INSEE a publié aujourd’hui les chiffres du pouvoir d’achat pour l’année 2012. De nombreux commentateurs ont raté l’information en raison de la publication en même temps des chiffres (négatifs) de la croissance française pour le premier trimestre 2013.

Ceux qui ont noté l’information sur le pouvoir d’achat ont souligné le rôle du gouvernement de gauche dans la dégradation de la situation économique de chaque ménage. Mais est-ce vraiment le gouvernement actuel qui est responsable de ce résultat ?

La perte de pouvoir d’achat mérite d’être analysée

L’INSEE resitue le chiffre de 2012 dans son contexte : « En 2012, le revenu brut disponible brut des ménages augmente seulement de 0,9 % en valeur, après + 2,7 % l’année précédente.[…] Parallèlement, le prix de la dépense de consommation finale s’accroît de 1,9 % […] ». Rappelons au passage que l’évolution du pouvoir d’achat équivaut à l’évolution du revenu des ménages dont on déduit l’évolution des prix. Et l’INSEE de conclure : « Le pouvoir d’achat du revenu disponible recule […] – 0,9 %, après + 0,7 % […] C’est la plus forte baisse depuis 1984 ».

La note de l’INSEE explique cette évolution négative par plusieurs facteurs :

  • Les revenus de la propriété c’est-à-dire essentiellement les dividendes, les intérêts et les loyers de terrains (pas ceux de l’immobilier). Les intérêts progressent (hausse de taux et/ou relèvement des plafonds du livret A, LDD, etc. , mesures dont les effets sont immédiats), mais les dividendes prennent un coup du fait de la situation économique globale néfaste pour les entreprises.
  • La masse salariale nette progresse nettement moins qu’en 2011 (1,6% au lieu de 2,5%), notamment en raison de l’augmentation du chômage et la moindre progression du revenu des entrepreneurs individuels.
  • Les impôts sur le revenu et sur le patrimoine payés par les ménages progressent (+10,2% au lieu de 6,3%) « sous l’effet essentiellement de la mise en œuvre de nouvelles mesures fiscales, votées avant et après les élections » précise l’INSEE.
  • Les prestations sociales reçues par les ménages progressent (+4,0% au lieu de 2,8%) du fait de l’augmentation du nombre de retraités et surtout du fait de la revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire, mais aussi, malheureusement, du fait de l’augmentation du chômage (UNEDIC)

Capture d’écran 2013-05-15 à 21.14.10Qui est touché ?

Mais tout cela touche qui ? Les livrets A et autres LLD concernent les classes populaires (du moins ceux d’entre eux encore capable d’épargner ce qui est une gageure en soi). Ces plans d’épargne concernent aussi (surtout?) les classes moyennes. Alors que les revenus des dividendes (assurances vie, PEA et autres placements financiers) ne les concernent pas spécialement, en tous cas certainement pas les classes populaires. L’augmentation des impôts concerne d’abord les hauts revenus (prélèvements sociaux sur les revenus du capital, contribution exceptionnelle sur la fortune, modification du régime de taxation des plus-values immobilières). Son impact sur les bas revenus est nettement moindre (déclarations de revenus dans les cas de PACSE et de mariage). Ces derniers sont bien plus concernés par les prestations sociales qui constituent une augmentation de pouvoir d’achat, faible certes, mais augmentation quand même. Mais ces catégories sont aussi celles qui sont le plus touchées par le chômage qui constitue donc la source première de leur perte de pouvoir d’achat.

Donc, en attendant une répartition de la perte de pouvoir d’achat par catégories socioprofessionnelles, j’aurais tendance à considérer que la perte de cette dernière année est moins lourde pour les catégories populaires, et dans une moindre mesure moyennes, que pour les catégories plus aisées. Ce n’est pas un bien en soi bien évidemment, mais c’est un moindre mal du point de vue du gouvernement Ayrault.

On notera même avec l’INSEE que : « le revenu disponible brut des ménages ne rend pas compte de l’ensemble des ressources dont ils disposent. En effet, au-delà de leurs dépenses de consommation, les ménages consomment également des biens et services dont le coût est pris en charge par la collectivité : éducation, santé, allocations logement… ». Or « en 2012, le revenu disponible ajusté des ménages, qui englobe ces dépenses, est plus dynamique que le revenu disponible brut (respectivement + 1,2 % et + 0,9 %) ».

A qui la faute ?

Mais est-il raisonnable d’attaquer le gouvernement Ayrault par le biais de ces indicateurs ? Le faire serait une profession de foi, exagérée, celle qui consiste à considérer que l’interventionnisme étatique dans l’économie marchande a un effet non seulement conséquent (ce qui est probablement vrai), mais quasi immédiat (ce qui est certainement faux).

En effet, attribuer la chute du pouvoir d’achat au gouvernement Ayrault revient à considérer qu’un gouvernement installé en juin et ayant pris ses premières mesures en juillet et septembre, ce gouvernement serait capable en un clin d’œil d’avoir un impact nettement sensible sur le portemonnaie des Français en l’espace de quatre ou cinq mois ! Si une telle rapidité dans l’impact des politiques possibles était réelle, que n’a-t-on vu un rétablissement économique de la France dès 2009 suite aux décisions prises en 2008-2009 par le gouvernement Fillon ?!

Non les libéraux ne sont pas sérieux quand ils reprochent au couple Hollande / Ayrault d’être responsable de la régression du pouvoir d’achat des Français. Ils ne sont pas sérieux parce que ce serait reconnaître une efficacité impressionnante de l’action de l’Etat ce qui impensable dans leur système idéologique et qui ne l’est pas non plus dans la réalité de l’économie de marché.

Que faire ?

Si les mêmes indicateurs pour 2013 devaient montrer la même tendance baissière alors oui, les détracteurs de la majorité socialiste auraient raison d’attribuer la situation au gouvernement Ayrault.

FlaggenGouvernement qui, en attendant le retour de la croissance, a commencé à lancer les mesures qui constituent les bases d’un environnement favorisant, voir accélérant, le retour de la croissance par le biais de l’investissement des entreprises (CICE, ANI, etc.) car l’investissement est une composante considérable de la demande keynésienne. Il lui reste maintenant à mettre en place les conditions nécessaires au rétablissement de la consommation des ménages, l’autre composante de la demande effective. Cette consommation est directement liée au pouvoir d’achat dont l’augmentation ne peut être décrétée par l’Etat dans une économie de marché. Mais l’Etat peut encore agir sur les dépenses préengagées, celles qui sont a priori incompressibles, tels les impôts, les dépenses liées aux logements ou encore les dépenses d’énergie. En agissant sur ces dépenses et en trouvant les modalités qui permettraient de les réduire, le pouvoir d’achat augmenterait de fait et la consommation ne serait alors, peut-être pas relancée, mais au moins maintenue à des niveaux nécessaires pour générer de la croissance.

Mais dans la demande effective, on oublie souvent l’export qui est d’autant plus important que l’on est dans une économie très ouverte. Heureusement, de ce côté-là la croissance française aurait pu se dégrader bien plus si les exportations n’avaient pas été bonnes (notamment de la part des gros acteurs tels Airbus). Le gouvernement a un effort particulier à faire ici aussi pour aider à l’éclosion d’une capacité d’exportation des entreprises françaises de plus petite taille, celles qui créent les emplois en plus en grand nombre.

Une politique publique qui agit sur ces trois leviers ne peut être considérée comme une politique de l’offre, mais bien comme une façon d’adapter les politiques de la demande, façon Keynes, au contexte économique actuel, celui qui est caractérisé par le libéralisation des échanges internationaux.

 

Pour aller plus sur les notions de pouvoir d’achat, revenu disponible, dépenses préengagées, n’ayez pas peur du site de l’INSEE.

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Economie, France, Politique

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