Les 98 chefs des grands groupes français qui se sont exprimés ce dimanche dans le JDD font preuve d’une certaine indécence en demandant 30 milliards d’euros de réduction de cotisations en 2 ans, réduction accompagnée, évidemment, d’une modification du système d’imposition des sociétés le rendant plus favorable à l’Entreprise.

Il me paraît indécent de réclamer une réduction des cotisations qui pèsent sur le coût du travail en proposant que le manque à gagner ainsi généré serait compenser par une augmentation de la TVA et une baisse des dépenses de l’état. Indécence parce que les signataires de ce texte ne donnent que deux mesures chiffrées : celles mises en exergue de leur texte, celles qui leur sont les plus favorables. Ô bien sûr ils évoquent quelques autres pistes, notamment liées à l’innovation et à l’entrée des jeunes sur le marché du travail. Mais ces dernières idées ne sont guère quantifiées ce qui laisse penser qu’elles sont ici justes pour maquiller les deux premières propositions, un peu comme si on s’achetait une bonne conscience pas chère. Rien sur les erreurs de stratégie que ces chefs d’entreprises ont pu faire ces dernières années, évidemment cela remettrait en cause leur propre management. Évidemment rien sur leurs propres engagements chiffrés pour les 2 ou 5 prochaines années. Rien sur la sous-traitance, rien sur donc sur la relation avec les PME. Rien non plus sur le pouvoir d’achat ou sur la distribution de dividendes. Rien de précis non plus sur la protection de l’environnement.

On comprend que leurs marges soient mises à mal par la situation de crise mondiale, on comprend qu’ils cherchent la facilité en réclamant l’aide de l’état. On comprend moins qu’ils ne disent rien des autres pistes de rétablissement des marges : innovations techniques et organisationnelles, alliances, capacités à l’export, etc.

Voilà pour ce qui est des capitalistes…

Mais le texte des 98 a trouvé un écho, pour le moins attendu, de Jean-Luc Mélenchon qui dans l’émission cpolitique a qualifié les 98 de « bons à rien ». Ô évidemment il a souligné que réclamer la réduction des dépenses est un manque de compréhension du fonctionnement de l’économie française. Mais d’ici à les qualifier de « bons à rien », il y a une marge. En effet, il est difficile de considérer les patrons de grands groupes comme des incapables alors qu’ils ont la capacité de créer de la richesse en France et à l’étranger. L’exagération est une technique habituelle chez les leaders politiques minoritaires, c’est leur façon de se démarquer du pouvoir en place, leur façon de se faire remarquer par les médias et donc par les potentiels électeurs.

Les capitalistes sont indécents lorsqu’ils revendiquent une échappatoire à l’effort de redressement auxquels tous doivent participer. L’anticapitaliste est indécent à son tour lorsqu’il considère les patrons d’entreprises privées comme des incapables alors qu’ils contribuent explicitement à la création de la richesse du pays et à sa présence économique à l’étranger. À moins qu’on considère qu’il faut que nous soyons tous employés de l’état ou employés dans des SCOP ce qui me paraît pour le moins irréaliste !

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