L’histoire récente de la Syrie se résume en deux séquences. D’abord une succession quasi-ininterrompue de coups d’état militaires et donc absolument aucune parenthèse démocratique. Ensuite, depuis 1970, une stabilité forcée avec un régime autoritaire construit autour d’un clan, d’une armée et d’une position géopolitique.

La guerre froide a vu se succéder les régimes militaires à Damas. Inutile de rentrer dans ces détails-là car ça n’éclairerait en rien la situation actuelle et l’avenir de la Syrie. Notons simplement qu’aucun interlude démocratique ne peut être établi du point de vue de l’historiographie. Cette instabilité chronique cesse en 1970 lorsque Hafez el Assad, général de l’armée de l’air, accède au pouvoir et avec lui trois facteurs nécessaires à la bonne compréhension de la suite des événements.

Hafez al Assad est issu d’une famille alaouite de la région de Qardaha, près de Lattaquié, à l’ouest de la Syrie. Les alaouites ont une confession musulmane qui n’existe que dans cette région du monde : principalement dans l’ouest syrien et dans une moindre mesure au nord du Liban et au sud de la Turquie. Ils sont une minorité en Islam : les deux principales branches de l’Islam, les chiites et les sunnites, les ont longtemps au mieux ignorés, au pire considérés comme hérétiques. Dans les années 70, le régime de Damas a obtenu du principal leader chiite libanais,l’imam Moussa al Sadr, de reconnaître les alaouites comme appartenant au chiisme. Assad père et fils gouvernent la Syrie avec l’appui, jusqu’ici indéfectible, de leur communauté et, plus particulièrement à l’intérieur de celle-ci, de leur clan (familles étendues par alliance) de Qardaha.

L’école des officiers de Damas est à la Syrie ce que l’ENA est à la France, toutes choses égales par ailleurs… La classe dirigeante du pays est composée de militaires ou d’anciens militaires (à quelques notables exceptions près : Khaddam sous Assad père et Chareh sous Assad fils). Les officiers se partagent le gâteau de la libéralisation économique du début du mandat de Bachar el Assad : nul n’entreprend s’il n’est associé avec un dignitaire du régime donc dans 90% des cas un officier de l’armée ou d’un service de sécurité affilié à l’armée. Les alliances géopolitiques elles-mêmes se construisent sur la base des relations entre les officiers syriens (notamment ceux tués dans l’attentat du 18 juillet) et les alliés stratégiques (tels que le Hezbollah libanais).

Le troisième pilier du régime de Damas est son positionnement géopolitique. Les mauvaises langues auront raison de dire qu’Assad ne s’est jamais montré très offensif vis-à-vis d’Israël notamment sur la question du Golan occupé puis annexé par Israël sans que Damas ne réagisse autrement qu’en discours qu’on ne peut même plus qualifier d’enflammés. Mais au-delà de ce regard naïf sur la question du Golan, il ne faut pas oublier que Damas a échangé le Golan contre le Liban, nettement plus créateur de richesses et d’influence régionale, pendant plus de 30 ans. Et au final elle s’est inscrite dans un front commun avec Téhéran dont le bras armé fut le Hezbollah étant entendu que ce mouvement a progressivement pris de l’autonomie vis-à-vis de Damas notamment depuis sa victoire face à Israël en 2006. Étant limitrophe de l’état israélien et ayant une position de refus d’une paix trop favorable à Israël, la Syrie a pu ainsi tenir au carreau son opposition interne au nom de la « cause arabe » tout en maintenant une prédominance régionale cruciale pour Assad et ses supporters, l’Iran en premier lieu, et la Russie d’une certaine façon.

Tant que les trois piliers du régime Assad ne seront pas déstabilisés, il n’y a aucune chance de le voir s’effondrer. Or pour le moment la guerre civile commençante a renforcé la cohésion du clan de Qardaha et a même rapprocher de lui une parte des chrétiens syriens et même libanais, pourtant ces derniers étaient ses ennemis historiques ! En ce qui concerne l’armée, elle a certes connu quelques dizaines de défections d’officiers, mais n’oublions pas que l’armée syrienne est aussi une armée mexicaine avec un nombre incalculable d’officiers administratifs dont la défection ne gêne en rien les opérations militaires. Le « front du refus » initialement composé de la Syrie, de l’Iran, du Hezbollah et du Hamas a certes perdu sa composante palestinienne partie se réfugier auprès des puissances du Golfe. Mais l’équilibre géopolitique de la région reste un facteur important dans l’explication de l’absence d’intervention militaire explicite de l’Occident ne serait-ce qu’au travers de la Turquie. En effet le Hezbollah et l’Iran ne peuvent laisser faire la chute du régime d’Assad alors même qu’une attaque israélienne contre Téhéran semble plus que jamais à l’ordre du jour. L’Occident n’a pas non plus intérêt de voir entrer la Syrie dans la catégorie des états qui se disloquent sous les coups de boutoir des jihadistes. L’exemple historique afghan, plus récemment les cas de l’Irak et du Mali sont ici à prendre en compte dans l’action diplomatique occidentale.

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