La stratégie de Nicolas Sarkozy telle qu’elle ressort de son offensive médiatique de la semaine dernière se résume en quatre axes qui reflètent notre époque :

« Alors qu’au cœur de l’été, selon certains sondages, les Français désignaient la lutte contre le terrorisme et l’islam radical comme une priorité après les attentats de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), l’ex-président de la République a décidé d’axer sa campagne sur les thèmes de la sécurité, de l’identité, de l’immigration ou de la laïcité pour coller à leurs attentes. »

Ces sujets ne sont pas seulement les chevaux de bataille de l’ancien président de la république. Ils sont aussi, dans une certaine mesure, les enjeux déterminant les intentions de vote d’aujourd’hui et potentiellement les votes du mois de mai 2017. Parmi les cinq thèmes majeurs identifiés par l’IFOP on retrouve le « La lutte contre le terrorisme », premier ex-aequo avec « La lutte contre le chômage et la relance de l’activité économique en France ». l’IFOP donne « La lutte contre la délinquance » comme troisième enjeu le plus déterminant des intentions de vote. L’institut BVA place, quant à lui, « Le terrorisme » comme l’actualité qui impacts le plus l’intention de vote. On voit ainsi que la question de la sécurité est première dans l’esprit de nos concitoyens. Les deux sondages soulignent aussi l’importance de la question des migrants et de leur intégration, ce qui nous ramène aux questions de l’immigration de l’identité et, dans une certaine mesure, de la laïcité évoquées ci-dessus comme axes de campagne de Nicolas Sarkozy.

Or la gauche a des réponses à ces questions qui s’imposent d’elles-mêmes au pays vu le contexte actuel sur les plans national et international. Ne pas proposer des réponses de gauche à ces questions qui caractérisent notre époque serait une faute impardonnable. Ne pas dérouler des réponses de gauche à ces questions reviendrait à mettre en difficulté ceux-là mêmes qu’une partie de la gauche croit protéger en éludant ces thématiques : nos concitoyens arrivés le plus récemment dans ce pays, ceux futurs qu ele pays accueillera dans les mois et années à venir, ce seront eux les premières victimes des politiques droitières en cas de victoire de Sarkozy ou de Le Pen en mai 2017.

Sur la sécurité : Sarkozy, durant ses 10 ans à Beauvau et à l’Elysée, a non seulement a réduit de manière vertigineuse les effectifs des forces de l’ordre, mais en plus les majorités auxquels il appartenait avait au préalable cassé une stratégie qui fonctionnait plutôt bien, celle de la police de proximité. Quant au front du terrorisme, le démantèlement du renseignement territorial s’est avéré être une catastrophe aussi (dé)structurante pour l’avenir du pays que la participation à l’aventure libyenne. Poursuivre les recrutements et l’amélioration des équipements, poursuivre le renforcement du renseignement territorial et remettre en place la police de proximité, voilà en bref les actions que la gauche de gouvernement doit mettre en avant sur ce sujet de la sécurité.

Sur l’identité : lui et ses amis fanfaronnent partout vouloir remettre en cause de manière radicale le droit du sol. Ils veulent donc, tout comme Le Pen, donner à la France une identité ethnique là où elle s’est construite durant bien plus de deux siècles sur l’idée de la nation civique. La nation civique, c’est celle des citoyens adhérant à un socle commun de valeurs partagées. Elle n’est pas celle d’une tribu partageant les liens du sang. Cette question est centrale, car, à gauche, la peur — compréhensible — d’une guerre des identités ne trouvera pas sa réponse dans l’esquive de la question, mais bien dans l’apport d’une réponse qui remet en valeur le socle commun — de fait évolutif — que chacun peut partager. A titre d’exemple, la passion de l’égalité caractérise notre peuple, donc participe de son identité, je ne vois pas en quel honneur elle ferait peur à la gauche.

Sur l’immigration : rappeler à nouveau la part que la France doit prendre dans le traitement de la crise migratoire, rappeler aussi ce qu’elle ne peut pas faire. Les devoirs et les limites et surtout les conditions d’intégration des nouveaux venus sont compréhensibles par la majorité du peuple sauf les militants de l’ouverture complète et ceux de la fermeture absolue. Je veux croire que les uns et les autres, non seulement ont tort, mais en plus sont minoritaires dans le pays. Leur laisser le monopole du débat serait criminel en premier lieu vis-à-vis des immigrés eux-mêmes, les plus récents d’entre eux, mais aussi les plus anciens.

Sur la laïcité enfin : la laïcité est un don précieux légué par nos ancêtres et comme toute chose précieuse elle est fragile. On voit depuis quelques s’agiter deux camps : d’une part ceux qui veulent en faire une arme anti-islam et anti-musulmans et d’autre part ceux qui veulent en faire un sous-dialogue-inter-religieux, et qui la perçoivent souvent comme contraire à une certaine modernité. La brutalité des uns et des autres la dégrade, finira peut-être même par l’achever. Légiférer sans cesse l’altère continuellement. L’appliquer sans accommodements inutiles suffit à être sur « la crête » sans tomber ni dans le premier excès ni dans le second. Inutile donc d’aller vers des interdictions inutiles et parfois arbitraires (à commencer par la contreproductive volonté sarkozienne d’étendre l’interdiction de se couvrir les cheveux à l’université, donc pour des adultes !). « Nul n’est tenu d’avoir une religion plutôt qu’une autre. Nul n’est tenu d’avoir une religion plutôt qu’aucune. Nul n’est tenu de n’avoir aucune religion ». Voilà les trois contraintes, et les trois libertés qui en découlent, telles qu’énoncées par Catherine Kintzler (Penser la laïcité, Minerve, 2013). Tout y est. Inutile d’aller plus loin. Appliquons déjà ça et la confusion entre politique et religieux s’en trouvera grandement réduite à défaut d’être annihilée. Et ainsi la capacité à vivre ensemble sera progressivement retrouvée.

La conjoncture actuelle définit un champ de bataille avec un certain nombre de caractéristiques, de questions auxquelles des réponses doivent être apportées. Dans ce contexte, fuir le champ de bataille sous prétexte de ne pas suivre l’adversaire sur son terrain favori revient à perdre la guerre. La gauche doit absolument répondre à ces quatre questions qui caractérisent, notre époque. Dire cela ne revient pas à nier les autres caractéristiques de l’époque telle l’éducation ou l’économique et le social. Ne pas y répondre ou y répondre partiellement reviendrait à créer les conditions de sa propre ruine et de la ruine du pays tout entier, du peuple tout entier dans toutes ses catégories sociales — et en particulier les plus fragiles — mais aussi dans toutes ses sédimentations — les plus anciennes mais aussi les plus récentes.

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