La réforme du collège telle qu’elle est proposée par la ministre Najat Vallaud-Belkacem a été vivement critiquée dans un premier temps (ici ou encore ici) puis vigoureusement défendue (ici ou ici).

Je ne suis pas suffisamment versé dans les domaines de l’éducation et de la pédagogie pour me prononcer sur la globalité du sujet. Par contre je suis de ceux qui, nombreux, constatent au quotidien les effets néfastes du modèle français d’apprentissage des langues étrangères. Or ces effets sont dommageables pour ce qui ressort de positif de notre modèle scolaire, d’om l’importance de se décider, un jour, enfin, à rectifier le tir en ce domaine…

Je ne suis pas de ceux qui ont une approche fataliste (essentialiste qui s’ignore?) expliquant que les Français sont, nécessairement, mauvais en langues. Par contre je constate que le manque de pratique d’une langue la rend plus ardue à apprendre et qu’on a beau avoir une maîtrise quasi-parfaite de la grammaire et de l’orthographe d’une langue étrangère, si on n’en maîtrise pas le caractère oral , on aura du mal à s’en servir au quotidien. Or si elle est dite “vivante” c’est bien parce qu’on s’en serve dans la vraie vie ?!

Les langues vivantes dans la “vraie vie”

Dans mon quotidien professionnel, il m’arrive de croiser des compatriotes vraiment impressionnants intellectuellement parlant, mais ne maîtrisant pas l’anglais (parce que je suis dans un domaine où l’anglais est roi). Leur puissance intellectuelle suit, de fait, une courbe inverse de celle de leur capacité à s’exprimer en anglais. Et je parle bien de s’exprimer, car écrire en anglais est utile, mais notre niveau moyen voir médiocre en anglais écrit peut s’arranger avec de l’aide (humaine ou numérique) et le caractère généralment asynchrone de l’écrit. Mais l’incapacité à s’exprimer correctement à l’oral en anglais, dans mon domaine du moins, est un showstopper. Vous aurez beau avoir l’idée la plus brillante, la solution la plus astucieuse au problème le plus complexe, si vous n’êtes pas capables de l’exprimer de manière à retenir l’attention de votre interlocuteur, il est difficile d’avoir gain de cause. Du coup, je ne compte plus les cas où de brillants ingénieurs Français ne parlant pas bien l’anglais se retrouvent, “sur scène”, exprimant des choses très intéressantes sur le fond, mais apparemment moins intéressantes qu’un collègue bilingue ou “autochtone”.

De même, toujours dans mon domaine, je ne vois pas de cas où une personne s’exprimant bien en anglais ne trouverait pas un job. Les exemples sont pléthores de personne démarrant dans le tout premier niveau des métiers de la vente de logiciel sans expériences préalables dans ce domaine précis et sans diplômes particulièrement avancés ou particulièrement liés à ce domaine-ci. Il leur suffit de savoir parler, et donc d’être enthousiaste et convaincant, dans la langue qui correspond au “territoire” dont ils ont la charge et dans la langue la plus usitée dans ce domaine (l’anglais).

Pragmatisme et interdisciplinarité

Il me semble donc nécessaire que les programmes scolaires en matière d’apprentissage des langues vivantes soient réorientés vers plus d’exercice oral, vers plus de dimension pratique et donc vers plus d’interdisciplinarité. Et ça tombe bien puisque, dans sa réforme, Mme Vallaud-Belkacem souhaite le développement des EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires) dans lesquels les langues vivantes semblent incluses. Alors, allons-y et rendons l’enseignement des langues vivantes plus pratiques : des chansons contemporaines, des paroles de chansons contemporaines, des films contemporains, sans doublage les films, des sessions de conversation et beaucoup de conversation et sur tous les sujets les conversations, et aussi une petite dose de grammaire et d’orthographe parce qu’il en faut bien quand même 😉

Et pour aller vers la fameuse interdisciplinarité, les cours de langues ne doivent pas être le seul lieu où l’on apprend une langue sinon ça rend la méthode scolaire et on sait où cela peut mener certains (la majorité?) des élèves. On l’apprend bien en regardant les séries télé (là c’est du vécu !) alors je suis sûr qu’on l’apprend aussi bien, si ce n’est mieux, en recevant des cours d’autres disciplines dans la langue en question : pourquoi pas du sport en chinois, de la physique en russe ou des SVT en anglais. Alors évidemment on aura le problème des enseignants qualifiés à la fois dans ces disciplines et dans la langue en question. Mais si on ne se lance pas aujourd’hui, dans dix ans on sera encore au même point et on sera encore en train de se lamenter sur notre capacité à exporter, notre capacité à attirer des investisseurs, notre capacité à occuper le terrain que méritent nos idées !

A défaut d’une telle réorientation, les langues dites “vivantes” dans le milieu scolaire resteront, pour une majorité de nos concitoyens, dans leurs vraies vies, des langues “zombies”, c’est-à-dire se mouvant à peine, mais sans souffle, sans vie, sans intérêt en somme !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

CATÉGORIE

Culture, Politique

Mots-clefs

,