Chypre et le Liban sont très liés. Liés d’abord par un passé religieux : les maronites (chrétiens syriaques majoritairement libanais et syriens) sont présents depuis « toujours à Chypre. Ensuite par leur passé commun sous domination franque durant les croisades, puis sous occupation ottomane durant les cinq siècles turcs. Lié enfin par un futur prospère sous le signe des champs de gaz identifiés dans la Méditerranée et partagé avec Israël.

cyprus-leviathan-gas-israel

Durant la guerre de 1975-1990 qui a ravagé le Liban, les beyrouthins les plus aisés se sont réfugiés sur les plages de Limassol et à Nicosie. J’ai moi-même fait la traversée nocturne, le 16/10/1990, en paquebot après la chute de Baabda aux mains des syriens.

Comment voit-on la crise financière chypriote depuis la montagne libanaise ? Je sais que c’est loin d’être une question cruciale, mais bon, je me suis rabattu sur ce sujet light, ne me sentant pas de disserter sur le cap hollandais ou son absence d’autant plus que les choses intéressantes ont déjà été dites… Donc cher lecteur, si tu n’as pas de temps à perdre, ne poursuis pas la lecture, tu ne manqueras rien d’important dans les lignes ci-dessous !

La carte politique et celle confessionnelle se superposent parfaitement

Le paysage des partis politiques libanais est très particulier. Il se superpose sur celui des confessions libanaises. Habituellement, on accole la coloration d’extrême droite ou de droite aux partis chrétiens dont les noms donnent une idée précise de leurs orientations : phalanges libanaises, forces libanaises, etc.

Ce que l’on sait moins, c’est que le socialisme existe au Liban… en théorie ! Je dis en théorie parce qu’il est représenté par un chef non seulement confessionnel mais aussi féodal. Walid Joumblatt est à la foi président (pas premier secrétaire, attention à la nuance) du Parti Socialiste Progressiste (PSP pour les intimes). Il a succédé à son père, Kamal Joumblatt fondateur du PSP, assassiné par les syriens en 1977. La famille Joumblatt, dont Walid est l’héritier est le chef de fil des druzes (confession apparenté à l’islam), non seulement au Liban, mais aussi en Syrie, en Palestine et en Israël. Son appartenance à cette prestigieuse lignée lui permet, en dehors des gains financiers dus à son rôle de chef de guerre entre 1977 et 1990 et de chef politique depuis 1990, d’être l’un des hommes les plus riches du pays (1). Ainsi donc, le principal représentant de la gauche Libanaise est non seulement chef de parti, mais aussi chef féodal, chef confessionnel et chef financier. Autant dire que le débat sur le cumul des mandats qui hante le parti socialiste français est loin, très loin, des préoccupations des « socialistes » libanais.

Analyse d’une finesse « déniable »

Tout cela ressemble fortement à une mascarade, tu en conviendras cher lecteur, mais il n’en reste pas moins que le leader druze se gargarise régulièrement de son socialisme en particulier lors de ses visites à Paris ou à l’Internationale socialiste. Il s’en targuent notamment, ces jours,-ci en donnant une lecture à contre courant de tout ce qu’on lit ici, surtout à gauche, de la crise chypriote. Voici (en arabe, en anglais) ce qu’il disait dans l’édition de ce matin du quotidien (de gauche) Al Akhbar :

علينا الالتفات إلى ما جرى في قبرص. دولة اوروبية أفلست، وهي تتجه إلى الاشتراكية بفرض الضرائب على الودائع

soit, en bon français :

Nous devons voir ce qui se passe à Chypre. C’est un état européen qui est en faillite et qui s’oriente vers le socialisme en imposant les dépôts bancaires

Kid you not comme dirait The Angry Arab… Ainsi donc imposer les dépôts bancaires, pour le chef des socialistes libanais, c’est tendre vers un système économique socialiste ! Ce n’est pas nécessairement faux puisque Chypre décide, pour limiter sa crise financière, d’imposer, d’une certaine façon, le capital « qui dort ». Elle est donc censée favoriser le travailpar rapport au capital si l’on veut. Tiens j’aurais bien une idée moi pour assainir les finances publics libanaises pillés par Joumblatt et son pote Hariri : implémentons le socialisme à la sauce Joumblatt et imposons l’épargne des grandes fortunes libanaises… Je suis sûr qu’il adorerait ça Walid Beyk !

Mais bon, plaisanterie à part, la lecture joumblattienne est quand même un peu enfantine et c’est le moins que l’on puisse dire. C’est donc ce genre de raisonnements qui représente le socialisme libanais ? c’est ce genre de raisonnements qui représente la communauté druze libanaise ? C’est ce genre de raisonnements qui décidera qui sera au gouvernement et à quel poste (puisqu’on le dit kingmaker) ? #WTF

Si tu veux une lecture adulte de la crise chypriote, lis plutôt ceci et tu sauras pourquoi Chypre menace la zone euro :

[…] La remise en cause de la sacro-sainte garantie des dépôts bancaires ne sera pas oubliée lorsqu’un autre pays fera face à une crise bancaire. Ce jour-là, on pourra assister à une vraie panique. Si le système bancaire s’effondre dans un grand pays, l’euro cessera d’exister.

(1) impossible a vérifier, simple supputation de ma part

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