Le récent coup d’état du nouveau président égyptien met clairement en lumière l’incompatibilité de fait, et désormais de jure, en tout cas en Egypte, qui existe entre des partis politiques à inspiration religieuse et le régime démocratique auquel aspire la frange laïque des révolutionnaires de la place Tahrir. La sécularisation des sociétés moyen-orientales est un réel enjeu géopolitique que personne n’évoque. La diminution du poids du fait religieux dans la sphère publique ne peut qu’améliorer les relations entre l’Orient et l’Occident. Une telle évolution peut aussi améliorer les relations des communautés composant les populations arabes elles-mêmes. Dans ce contexte, le financement des économies arabes est un enjeu de taille qu’il ne faut pas laisser aux seuls États du Golfe persique.

Si la sécularisation d’une société progresse avec le niveau de vie (Todd et Courbage, 2007 ; en bref ici, plus en détail ), il est évident que les Frères musulmans n’ont pas intérêt à mettre en oeuvre des politiques conduisant à l’augmentation du niveau de vie des sociétés qu’ils seront appelés à gouverner. Mais, s’ils évoluent en démocratie, les peuples concernés ne voteront plus pour les Frères musulmans dès qu’ils se rendront compte que ces derniers bloquent l’amélioration de leur niveau de vie.

Il est donc nécessaire que les régimes qui se mettront en place progressivement dans le monde arabe autorisent leurs peuples à faire un choix libre les jours de scrutin même si ce ne seront pas d’emblée des régimes idéaux tels que nous, téléspectateurs occidentaux, les voudrions. Progressivement les choses s’amélioreront du fait de la volonté de progression du niveau de vie.

Maltraitance des minorités

En attendant cette amélioration, la maltraitance des minorités politiques peut servir d’indicateur fiable de la mise en place d’un régime autoritaire. Les communautés religieuses ont une dimension politique dans les sociétés non sécularisées, de même que les femmes qui sont peut-être majoritaires arithmétiquement, mais faibles politiquement, sans oublier les opposants politiques aux partis dominants (souvent des mouvements de gauche dans la mesure où les Frères musulmans sont à rapprocher du camp conservateur tel que l’Occident le connait).
imageAlors que faire pour aider ces sociétés à s’orienter vers un modèle semblable à celui de l’Occident ou du moins compatible avec les droits de l’Homme tels qu’ils se sont imposés en Occident à partir de 1789 et plus largement à partir de 1948 ?

Les interventions militaires et les procès en diabolisation ne servent à rien si ce n’est à accréditer la thèse de Huntington. Certains en Occident aimeraient donner raison au penseur américain, théoricien du choc des civilisations. En cela, les extrémistes de chaque camp, comme d’habitude, se fournissent mutuellement les arguments nécessaires à leurs combats culturels (qui deviennent parfois militaires) qui, somme toute, sont les deux faces d’une même médaille. Que faire alors ?

Bailleurs de fonds

Le cas de l’Egypte est intéressant : lorsque Le Caire et Tel-Aviv ont finalisé leurs négociations à Camp David en 1978-79, l’Egypte a obtenu, entre autres, une aide financière substantielle (semble-t-il, le deuxième budget américain d’aide internationale après Israël) qui n’a finalement servi qu’à enrichir les Moubarak et leurs proches. Il semble que toute ou partie de ces aides ait été stoppée ces jours-ci. Mais elles reprendront et alors il faudra qu’elles soient conditionnées non seulement par le maintien de la paix avec Israël, mais également (surtout ?) par le respect des droits des minorités politiques ainsi que la mise en œuvre de politiques publiques facilitant la transition vers un modèle démocratique qui ne demande qu’à être soutenu.

Or comment le soutenir si ce n’est en finançant des actions culturelles (cinéma, théâtre, etc.) ouvrant les esprits de la jeunesse vers un modèle qui peut leur paraître plus attrayant que celui qu’offre la mouvance islamiste (Frères musulmans, mais surtout salafistes). Les aides économiques peuvent, quant à elle, être conditionnées par la mise en œuvre de mesures concrètes visant à promouvoir les droits de l’homme et en particulier ceux des minorités politiques : le renouvellement ou l’augmentation des aides peuvent être liés à des indicateurs tel le nombre de voix obtenues par des minorités politiques en comparaison avec le nombre de sièges qu’elles obtiennent à l’issu d’une élection, car la triche se fait souvent dans l’habillage des lois électorales bien plus efficacement que dans le bourrage des urnes.

En résumé, il n’y a aucune raison que l’aide financière aux nouveaux régimes soit uniquement conditionnée par les relations que ces régimes établissent avec Israël ! Ces aides doivent surtout servir à consolider une démocratie et à renforcer le rôle de toutes les composantes de la société nouvellement libérées. Il n’y a aucune raison que l’Occident paie pour favoriser Israël là où les royaumes et émirats du Golfe paient pour favoriser les islamistes ! Qui veut influencer utilise l’arme sonnante et trébuchante alors autant s’en servir nous aussi dans la direction qui nous semble la plus efficace, c’est-à-dire celle assurant la mise en place d’une société ouverte, car une société ouverte est rarement une société belliqueuse. Attention cependant à ne pas exiger de ceux qui bénéficient d’une telle politique d’être à la botte du bailleur de fonds, car un colonialisme, même déguisé, serait évidemment contre-productif.

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