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La même semaine, trois séquences qui, mises bout à bout, donnent le vertige. Non pas parce qu’elles se contredisent frontalement, mais parce qu’elles révèlent un même désarroi politique partagé bien au-delà des clivages classiques.


D’abord, l’irruption de Donald Trump sur le territoire vénézuélien. Qu’on approuve ou non la méthode, elle agit comme un révélateur brutal : la France, prise isolément, n’a plus de prise réelle sur les grands équilibres du monde. Et de ce constat naît un sentiment diffus mais profond : l’impuissance individuelle des nations européennes, et, en creux, l’idée que la seule issue crédible passe par un saut fédéral. Non pas par amour théorique du fédéralisme comme on le voit chez beaucoup de partisan du projet européen, mais simplement par réalisme stratégique. Soit l’Europe devient une puissance politique, diplomatique et militaire identifiable, soit elle continuera à commenter l’histoire depuis la touche.


Ensuite, le trentième anniversaire de la disparition de François Mitterrand. Sans doute le véritable père de l’Europe moderne. Mais aussi figure tragique d’une forme de renoncement. Celui qui, après 1983, accepte de réduire les ambitions d’une politique économique volontariste en France pour s’inscrire pleinement dans l’opportunité du marché commun et de la construction européenne. Choix stratégique, contraint, assumé. Choix qui a permis l’Europe, mais qui a aussi laissé en suspens une question jamais refermée : comment concilier intégration européenne et souveraineté démocratique sur l’économie ?


Enfin, le feuilleton du traité entre l’Union européenne et le Mercosur. Paradoxe ultime : les libéraux français contraints de s’y opposer, au nom de l’agriculture, du climat ou de la concurrence déloyale ; les souverainistes y voyant la preuve supplémentaire que l’Europe reste enfermée dans une matrice libre-échangiste datée, incapable de penser la protection autrement que comme une entorse regrettable aux dogmes du passé.


Trois moments rassemblée sur une même semaine et surtout autour d’un même malaise. L’Europe est invoquée comme solution, critiquée comme problème, célébrée comme héritage, rejetée comme impasse. Chacun voit juste sur un point, et faux sur le reste. Nous pataugeons collectivement dans une mare de paradoxes, incapables de trancher entre puissance et marché, souveraineté et intégration, protection et ouverture.


Ce qui manque, ce n’est pas une énième posture. C’est une clarification politique. Dire ce que nous voulons vraiment faire de l’Europe : un simple espace d’échanges régulés, ou une puissance capable de décider, de protéger et, quand il le faut, de contraindre. Tant que cette question restera esquivée, nous continuerons à tourner en rond, lucides parfois mais immobiles souvent.

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