« Un grand nombre de partis sociaux-démocrates n’a pas l’air d’avoir tout à fait compris cette transition »

Dans son dernier podcast, le politise germano-américain Yascha Mounk échange, à propos de Boris Johnson, avec Helen Lewis, journaliste anglaise à The Atlantic [https://overcast.fm/+H8YssLAlk, en anglais]. Il aborde en particulier le dilemme auquel doivent faire face les sociaux-démocrates aujourd’hui. [Voir sur ce même sujet/dilemme, une approche comparable chez Laurent Bouvet dans Le sens du peuple, 2011 et dans L’insécurité culturelle, 2015].

Je retranscris ici le constat de Mounk (ma traduction) :

« Il y a 30 ou 40 ans, si vous vouliez deviner pour qui vote une personne aux États Unis, en Grande Bretagne, en Allemagne, etc., vous auriez alors posé une question autour des politiques publiques. Des questions telles que : ‘Préféreriez-vous payer plus d’impôt de manière à avoir un Etat-providence plus généreux ou préféreriez vous plutôt des réductions d’impôts impliquant moins de services publics ?’. Ces questions pouvaient alors permettaient de manière raisonnable de savoir si vous votiez pour le Travaillistes en Grande Bretagne, pour les Démocrates aux États Unis etc. ou si vous votiez plutôt pour les Conservateurs, pour les Républicains, etc.

Aujourd’hui un sondeur serait plus enclin à vous interroger au sujet de l’immigration. Par exemple : ‘Globalement vous pensez que les immigrants apportent des avantages qui améliorent la situation du pays ou est-ce dans l’autre sens ?’, ou encore ‘Devons-nous augmenter ou diminuez le nombre d’immigrés que notre pays accueille ?’. Et les réponses à ces questions permettraient de savoir sur quelle partie du spectre politique vous vous situez.

Ce qui est frappant chez un grand nombre de partis sociaux-démocrates en Europe y compris le Parti travailliste est qu’ils n’a pas l’air d’avoir tout à fait compris cette transition ! Ils essaient toujours désespérément de tenir les deux bouts de leur coalition ce qu’ils pouvaient faire sous l’ancien régime : d’une part travailleurs et prolétaires dans les villes les moins aisées et les villes industrielles et d’autre part la classe moyenne diplômée qui souvent s’appuie sur l’Etat pour son emploi — enseignants, fonctionnaires, artistes, etc. Au niveau des questions économiques, les intérêts de ces deux groupes sont raisonnablement proches les uns des autres. Au niveau des questions culturelles, ils sont très éloignés les uns des autres. Ainsi lorsque les questions culturelles deviennent dominantes en politique, il devient très difficile de tenir les deux bouts : typiquement Islington — circonscription de Jeremy Corbin — et les circonscriptions de la classe ouvrière du nord de l’Angleterre qui étaient jusqu’à il y a 20 ans les bastions électoraux travaillistes les plus solides. »

👉 Une fois ce dilemme admis, pour la gauche républicaine, sociale et écologiste, il n’y a plus qu’à — façon de parler car la tâche est des plus ardues — essayer de trouver les bonnes réponses aux questions culturelles — en plus des réponses aux questions socio-économiques — pour réussir à rétablir une coalition électorale capable d’être majoritaire !

https://player.fm/series/the-good-fight-1528359

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